Ce n’est pas un fait nouveau, le Président de la transition a atterri ce soir dans la ville de Karamoko Alpha mo Labé, à la grande surprise des habitants de la localité. Selon les informations, le Colonel Mamadi Doumbouya doit communier ce vendredi avec ses coreligionnaires de Labé, la fête de l’Aid El Fitr marquant la fin du mois saint de Ramadan. Il s’agit de la toute première visite du tombeur d’Alpha Condé, depuis son coup de force du 5 septembre 2021.
Cette visite inopinée du Chef de la transition guinéenne à Labé, intervient après deux (2) voyages à Kindia en juin 2022 et février 2023, et une à N’zérékoré le 8 mars dernier. Partout, les autorités mettent les bouchées doubles pour lui offrir un accueil alléchant.
A N’zérékoré par exemple, les écoles et marchés ont été fermés. Dans la foulée, un drame s’est produit à la cérémonie de réception faisant état d’un mort et de plusieurs blessés. Malgré les soutiens du CNRD, n’ont pas manqué d’exprimer leur satisfaction, car selon eux, cette mobilisation était l’expression de l’adhésion des habitants de la Guinée forestière à la vision du Président de la Transition. C’est le même sentiment qui a été exprimé à la suite de la visite de Kania, la ville des agrumes.
De N’zérékoré, le Colonel Doumbouya a été annoncé à Kankan sa ville natale. Malheureusement, cette visite n’interviendra jamais jusqu’à ce jeudi où il débarque à Labé.
Selon plusieurs observateurs de l’actualité nationale, chaque jour qui passe, le Président Mamadi Doumbouya prend goût au pouvoir. Des actions populistes ou de séduction ne cessent de se multiplier pour conquérir la majorité des Guinéens, détourner leurs regards de l’essentiel pour espérer un glissement du chronogramme de la transition sans aucune contestation.
Cette politique de « dissimulation des intentions », est du déjà vu dans les 48 lois du pouvoir de Robert Greenne qui dit : « Maintenez votre entourage dans l’incertitude et le flou en ne révélant jamais le but qui se cache derrière vos actions. S’ils n’ont aucune idée de ce que vous prévoyez, ils ne pourront pas préparer de défense. Guidez-les assez loin dans une autre direction, enveloppez-les d’un écran de fumée et quand ils perceront à jour vos desseins, il sera trop tard », troisième loi du pouvoir.
Déjà, malgré les engagements, tout est en train d’être fait pour faire durer la transition autant que faire se peut. Pour preuve, depuis l’établissement du calendrier consolidé de vingt-quatre mois (24) avec la CEDEAO il y a quelques mois, le pouvoir de Conakry peine à dérouler les dix (10) activités qu’il s’est lui-même assigné pour le retour à l’ordre constitutionnel. Loin de cet objectif, le Président du CNRD se fixe des priorités ailleurs.
De plus en plus les avis concordent sur cette volonté inavouée du Colonel Président, de vouloir s’offrir un peu plus de temps à la tête du pays, dans le but d’achever les projets entamés sous Alpha Condé pour espérer réaliser le scénario d’Amadou Toumani Touré du Mali, histoire de se couvrir les arrières pour échapper à d’éventuelle poursuite soit pour des infractions économiques et financières sous son magistère ou pour les crimes de sang perpétrés pendant son règne. Cette intention est clairement lisible par les esprits brillants.
Pour arriver à ses fins, l’homme fort Guinéen a nécessairement besoin du soutien à la fois de la communauté internationale et du peuple de Guinée. Pour ce qui est de l’international, l’ancien soldat de la légion étrangère de France peut dormir tranquillement sur ses oreillers. Depuis le 5 septembre 2021, à en croire des sources diplomatiques non des moindres, les appels de l’Elysée ne cessent de crépiter au palais Mohamed V pour lui témoigner le soutien de la France. D’ailleurs, le Président Emmanuel Macron ne tarit pas d’éloges à l’endroit du Colonel Doumbouya, toutes les fois qu’il a été amené à se prononcer sur la transition Guinéenne.
Cependant, ce soutien occidental ne fera d’effet que si les Guinéens dans leur majorité adhèrent à la vision de l’homme. D’où sa politique : « Ne pas rester dans son tour d’ivoire ».
Cette stratégie politique de Robert Greenne enseigne que : « Le monde est une jungle et les ennemis sont partout : chacun doit se protéger. Une forteresse semble le lieu le plus sûr. Mais l’isolement a ses dangers : d’une part, il vous prive d’informations importantes ; d’autre part, en vous isolant, vous devenez une cible facile et l’objet de tous les soupçons. Mieux vaut circuler, trouver des alliés, se mêler aux autres. La foule est un bon bouclier humain. »
Partant de cette théorie, on peut dire sans risque de se tromper que le Colonel Doumbouya n’a pas choisi au hasard la ville de Labé pour y passer la fête de Ramadan.
Primo, cette ville est foncièrement religieuse. Elle s’aura trouver un sens plus éloquent à cette visite du genre : « le Président a quitté Conakry et laissé toutes les villes de Guinée, notamment Kankan sa ville natale, pour venir prier avec nous à Labé ». Le séjour aura eu tout son sens et pourrait avoir des effets escomptés.
Secondo, Labé est le fief de la deuxième force politique au regard des résultats des dernières élections. Voir cette ville acquise à sa cause, serait d’un soutien de taille pour éradiquer les éventuelles manifestations en vue après le Ramadan à l’appel des acteurs des Forces Vives dont UFDG de Cellou Dalein Diallo, qui peinent à trouver satisfaction dans les négociations avec les leaders religieux, ce depuis bientôt deux (2) mois.
L’un ou l’autre, le Colonel Doumbouya a fort intérêt d’honorer ses engagements en organisant les élections libres, transparentes et crédibles au terme des vingt-quatre (24) indiqués dans le chronogramme. Vouloir passer ce délai serait un risque énorme que personne ne doit conseiller, car le peuple de Guinée est un peuple amnésique, aveuglé parfois par des événements mais qui ne manque jamais d’occasion pour faire entendre sa raison et imposer la volonté populaire. La manifestation du 28 septembre 2009 en est une preuve et la légitimation du coup d’Etat du 5 septembre en est une autre.
A bon entendeur, salut !
Mamoudou Babila KEITA, Journaliste.
