La promesse d’accueillir la CAN 2025 en Guinée, annoncée en grande pompe comme un « programme national prioritaire », n’aura été qu’un cauchemar. Au-delà du fait que le pays ait été dépossédé de l’organisation, il a aussi manqué à sa participation à cette même compétition que le Maroc va accueillir. Pire encore, cette débâcle sportive est ternie par des questions troublantes sur les nombreux projets de construction de stades et l’opacité déconcertante dans l’attribution des contrats.
Ceux qui sont arrivés au pouvoir coup d’Etat militaire, ont clamé haut et fort leur ambition d’organiser la Coupe d’Afrique des Nations 2025 dans un élan souverainiste et panafricaniste. En août 2022, un transfert de crédit de 4 312 297 000 GNF (environ 499 000 dollars) a été alloué au COCAN 2025 par le chef de la transition, prétendument pour couvrir les dépenses de fonctionnement. Un montant dérisoire pour un programme qualifié « d’intérêt national prioritaire », qui aurait dû, déjà à l’époque, sonner l’alarme.
Dans le même sillage, un Comité interministériel d’orientation de la CAN 2025, distinct du COCAN, a été aussi créé pour adoucir la confusion ambiante.
Des contrats mirobolants, des projets invisibles
En dépit des cirques de propagande, le véritable scandale dans cette affaire, réside dans l’attribution de contrats de construction et de réhabilitation de stades et de terrains de proximité, dont la plupart n’ont, jusqu’à ce jour, jamais démarré. Des sommes faramineuses ont été engagées, sans que les citoyens ne voient la couleur des infrastructures promises. Il s’agit notamment :
- Aménagement et construction de 8 terrains de proximité à Conakry et 4 stades préfectoraux (12 lots distincts) :
- Terrain de Dapompa (Lot 1) : Contrat signé le 22 février 2023, attribué à SOGUIBAT SARL pour 7 359 613 921 GNF.
- Terrain de Russal Sans-fil Kaloum : Contrat signé le 27 février 2023, attribué à GUITRAPCOPRES-SARLU pour 6 550 548 034 GNF.
- Terrain de Dar-es-salam (Lot 2) : Contrat signé le 23 novembre 2022, attribué à GPI SARL pour 6 276 861 145 GNF.
- Terrain de Tombo Kaloum (Lot 7) : Contrat signé le 28 février 2023, attribué au groupement Joli-Decor-GUI-GE, P-GIE pour 5 628 226 400 GNF.
- Stade préfectoral de Tougué (Lot 10) : Contrat signé le 17 février 2023, attribué à ETS IBRAHIMA SILA BALDE pour 5 769 929 131 GNF.
- Stade préfectoral de Kérouané (Lot 9) : Contrat signé le 17 février 2023, attribué à ECL BTP MS pour 5 517 099 853 GNF.
- Stade préfectoral de Guéckédou (Lot 11) : Contrat signé le 23 novembre 2022, attribué à DJAFOUNOUN SARLU pour 6 024 464 376 GNF.
- Terrain de Sonfonia Ratoma (Lot 6) : Contrat signé le 24 novembre 2022, attribué à EML DESIGN SARLU pour 8 049 014 584 GNF.
- Terrain de Cameroun Dixinn (Lot 4) : Contrat signé le 24 novembre 2022, attribué à ECO.FOG pour 6 104 399 400 GNF.
- Contrat Lot 8 (lieu non précisé) : Contrat signé le 25 novembre 2022, attribué à APACK SERVICES SARLU pour 6 785 846 450 GNF.
- Stade préfectoral de Mali : Contrat signé le 29 novembre 2022, attribué à AMYK CONSTRUCTION SARL pour 5 999 994 000 GNF.
- Terrain de Bonfi-Niger : Contrat signé le 29 novembre 2022, attribué à ENAC SARL pour 7 085 052 680 GNF.
- Contrats d’assistance technique au COCAN 2025 :
- Contrat signé le 2 août 2023, attribué à Global Stratégies et Conseil pour 20 345 323 000 GNF.
- Contrat signé le 8 août 2023, attribué à Fiduciaire de Guinée, membre de PWC pour 895 032 000 GNF.
- Travaux de mise aux normes CAF/FIFA du stade Général Lansana Conté de Nongo (gré à gré) :
- Lot 1 : Contrat signé le 17 août 2023, attribué à TACON PLC SARL pour 241 784 590 050 GNF. Des informations non vérifiées suggèrent que GUICOPRES serait associée à TACON dans ce contrat.
- Lot 2 : Contrat signé le 17 août 2023, attribué à LIMONTA Guinée pour 17 339 125 320 GNF.
- Stade du 28 Septembre de Conakry et réhabilitation de 5 stades d’entraînement :
- Initialement attribué à TURKMEN en juillet 2022, après un appel d’offres international, pour un montant de 103 840 000 euros.
- De manière surprenante, le marché a été rétrocédé à GUICOPRES. Les raisons et les conditions de cette rétrocession demeurent inconnues.
Jusqu’à ce jour, ces projets n’ont jamais démarré à part celui du stade du 28 septembre et de Nongo. Il est impossible de savoir si des décaissements de fonds ont eu lieu ou pas. Concernant la rénovation du stade du 28 Septembre, l’opacité est totale quant aux conditions de la passation du projet de TURKMEN à GUICOPRES. Interrogé à l’époque, le ministre Bea Diallo avait éludé la question en déclarant : « C’est un projet de priorité présidentielle qui ne relève pas de nous. »
Comment justifier de tels engagements financiers pour des projets qui n’existent pas ou qui sont pris dans un tourbillon d’opacité ? Il est temps que la lumière soit faite sur ces contrats, sur les sommes engagées et sur les responsabilités de chacun.
La Rédaction
